- Sujet : Peut-on comprendre le vivant en laboratoire ?
- Concepts : Peut-on - comprendre - le - vivant - en - laboratoire - - 2612 -
- Extrait du corrigé :
VIVANT: L'être vivant est un
organisme. Il n'est pas constitué d'une juxtaposition de parties ajoutées les unes
aux autres. Ces parties forment un tout car elles sont interdépendantes (le
fonctionnement d'une partie est tributaire de celui des autres) et paraissent toutes
participer à une fin commune : le maintien de l'être vivant en vie. Parce qu'il est
un organisme, l'être vivant est un organisme. Tout être vivant est un individu au
sens où il forme une unité distincte, ne ressemblant exactement à aucune autre, qui ne
peut être divisée sans être détruite. Leibniz au XVII ième avait énoncé l'existence
d'un principe, nommé principe des indiscernables, selon lequel il n'y a pas deux
êtres identiques dans la nature. Qu'est-ce qui différencie les organismes vivants des
choses naturelles ou objets fabriqués ? Jacques Monod, généticien, prix Nobel de
médecine en 1965, retient dans Le hasard et la nécessité trois critères qui doivent
être présents simultanément dans un être pour que celui-ci puisse être qualifié de
vivant. Le premier est la téléonomie (du grec télos : fin et nomos : loi). L'être
vivant est toujours un être qui, pris dans son ensemble ou chacune de ses parties,
répond à une fonction, donc apparemment à une fin. Du point de vue de l'ensemble,
l'être vivant semble "fait pour" se perpétuer. Se perpétuer lui-même, du moins le
temps nécessaire à la reproduction, et perpétuer son espèce. Du point de vue de
chacune des parties, ces dernières semblent "faites pour" accomplir telle ou telle
fonction. L'oeil est "fait pour" voir, la langue du fourmilier "pour" attraper les
fourmis ... comme si une fin à réaliser était à l'origine de chaque organe, comme si
la fonction créait l'organe. Le second critère retenu par Monod est la morphogenèse
autonome (du grec morphé : forme et genesis développement). L'être vivant est en
relation constante avec un milieu extérieur ; néanmoins, le processus de formation et
de développement d'un être vivant est indépendant du milieu extérieur. Même si, pour
son entretien et sa croissance, un organisme vivant a besoin d'assimiler des
substances étrangères (nourriture, oxygène, gaz carbonique, etc.), même si, sans ce
type de relations la vie ne pourrait ni exister, ni se développer, toujours est-il que
sa forme et sa croissance sont régies par une programmation interne qui n'est pas le
résultat des forces extérieures qui s'exercent sur l'être vivant. Par exemple, un
poisson rouge ne peut survivre sans eau et daphnies, mais aucune force physique ne
peut transformer ce dernier en éléphant. Les manifestations principales de cette
morphogenèse autonome sont l'auto-formation, l'autorégulation et l'auto-réparation.
Cette dernière, bien qu'elle ne concerne pas tous les organes, s'étend cependant à
un nombre infini d'agressions et de blessures. C'est ainsi que l'écorce du pin
entaillé se refait, que la pince du crabe repousse et que les blessures se
cicatrisent. Le troisième critère est l'invariance reproductive. Les êtres vivants se
reproduisent. En outre, cette reproduction est marquée par l'invariance, soit
complète en cas de reproduction par sissiparité (division des cellules), soit
partielle en cas de reproduction sexuée. Il existe alors des différences individuelles
(à l'exception des jumeaux univitellins) mais les caractéristiques de l'espèces sont
conservées. Il ne faut pas confondre la variabilité des individus et l'invariance
propre à l'espèce. Ces trois critères, présents en un même être, nous permettent-ils
de distinguer assurément le vivant de l'inerte ? Après tout les machines sont
également des objets téléonomiques, les machines peuvent s'autoréguler et les
ordinateurs, en raison de la programmation, ont une certaine autonomie. Il est moins
aisé qu'il ne le paraît au premier abord de dégager des critères permettant de
différencier un être vivant d'une machine complexe toutefois, la machine ne se
reproduit pas, ne croit pas et connaît une autonomie très limitée.
COMPRENDRE, EXPLIQUER : Comprendre, c'est connaître un phénomène de l'intérieur, par son sens, en déchiffrant sa singularité. Dans les sciences, expliquer c'est ramener la diversité des phénomènes à des causes (leurs conditions de production) et à des lois permettant d'en faire des cas particuliers.
PEUT-ON : Ce genre de sujet interroge sur la capacité, la faculté, la possibilité de faire ou de ne pas faire quelque chose, d'être ou de ne pas être.
Il faudra distinguer la possibilité technique et la possibilité morale.
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