- Sujet : Comment expliquer que l'homme n'existe jamais seul ?
- Concepts : Comment - expliquer - que - l'homme - n'existe - jamais - seul - - 15719 -
- Extrait du corrigé : C'est-à-dire chacun, de deux biens, choisira celui
qu'il juge être le plus grand, et de deux maux celui qui
paraîtra le moindre. Je dis expressément ce lui qui au chois lui
paraîtra le plus grand ou le moindre ; je ne dis pas que la
réalité soit nécessairement conforme à son jugement. Et cette
loi est si fermement écrite dans la nature humaine qu'on
doit la ranger au nombre des vérités éternelles que nul ne peut
ignorer. Elle a pour conséquence nécessaire que nul ne promettra
sinon par ruse d'abandonner quelque chose du droit qu'il a sur
tout, et que personne absolument ne tiendra la promesse qu'il a
pu faire, sinon par crainte d'un mal plus grand ou espoir d'un
plus grand bien. Pour le faire mieux entendre, supposons qu'un
voleur me contraigne à lui promettre de lui faire abandon de mes
biens où il voudra. Puisque mon droit naturel est limité, comme
je l'ai montré, par ma seule puissance, il est certain que, si
je puis par ruse me libérer du voleur en lui promettant ce qu'il
voudra, il m'est, par le Droit Naturel, loisible de le faire,
autrement dit de conclure par ruse le pacte qu'il voudra. Ou
bien supposons que, sans intention de fraude, j'ai promis à
quelqu'un de m'abstenir pendant vingt jours de pain et de tout
aliment et qu'ensuite je voie que j'ai fait une promesse
insensée et que je ne puis la tenir sans le plus grand dommage ;
puisque, en vertu du Droit Naturel, de deux maux je suis tenu de
choisir le moindre, je peux d'un droit souverain manquer de foi
à ce pacte et faire que ce qui a été dit soit comme s'il n'avait
pas été dit. Et cela m'est loisible, dis-je, suivant le Droit
Naturel, soit que, par une raison vraie et certaine, je voie que
j'ai mal fait de promettre, soit que par une opinion je croie le
voir : dans les deux cas, en effet, que je le voie vraiment ou
faussement, je craindrai le plus grand mal et m'efforcerai par
tout moyen de l'éviter, comme il est institué par la Nature. De
là nous concluons que nul pacte ne peut avoir de force sinon
pour la raison qu'il est utile, et que, levée l'utilité, le
pacte est levé du même coup et demeure sans force (...).
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