- Sujet : Les mots ont-ils un pouvoir ?
- Concepts : Les - mots - ont-ils - un - pouvoir - - 124 -
- Extrait du corrigé : Selon lui, leur dire n'est qu'un faire-croire, sans cesse changeant, impuissant à exprimer l'être. Il n'en reste pas moins que les paroles de Protagoras, d'Hippias, de Gorgias semblent capter l'attention et que l'argumentation de leurs discours persuasifs emporte la conviction. Plus près de nous, le linguiste Roman Jakobson invoque la fameuse fonction « conative » du dire, centrée sur le destinataire (celui à qui l'on parle) et qui trouve, par exemple, son expression grammaticale dans l'impératif. L'ordre est bien un dire qui vise à agir sur autrui. Et dans Quand dire, c'est faire, le philosophe anglais Austin affirme que produire certaines énonciations, c'est une action. Aux énoncés simplement « constatifs » qui ne visent qu'à décrire un événement qui peut être vrai ou faux (exemple : « il fait beau »), Austin oppose les énoncés qu'il appelle « performatifs » qui ne décrivent, ne rapportent, ne constatent absolument rien, ne sont ni vrais ni faux et sont tels que « l'énonciation de la phrase est l'exécution d'une action (ou une partie de cette exécution) ». Quand, par exemple, je dis à la mairie ou à l'église « oui, je le veux (c'est-à-dire je prends cette femme comme épouse légitime), « je ne fais pas le reportage d'un mariage : je me marie ».
"Nous prendrons
donc comme premiers exemples quelques énonciations qui ne peuvent
tomber sous aucune catégorie grammaticale reconnue jusqu'ici, hors
celle de l'« affirmation » ; des énonciations qui ne sont pas, non
plus, des non-sens, et qui ne contiennent aucun de ces avertisseurs
verbaux que les philosophes ont enfin réussi à détecter, ou croient
avoir détectés : mots bizarres comme « bon » ou « tous » auxiliaires
suspects comme « devoir » ou « pouvoir » constructions douteuses
telles que la forme hypothétique. Toutes les énonciations que nous
allons voir présenteront, comme par hasard, des verbes bien
ordinaires, à la première personne du singulier de l'indicatif
présent, voix active. Car on peut trouver des énonciations qui
satisfont ces conditions et qui, pourtant, A) ne « décrivent », ne
« rapportent », ne constatent absolument rien, ne sont pas « vraies
ou fausses » ; et sont telles quen B) l'énonciation de la phrase est
l'exécution d'une action (ou une partie de cette exécution) qu'on ne
saurait, répétons-le, décrire tout bonnement comme étant l'acte de
dire quelque chose.
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