- Sujet : La violence est-elle un mal nécessaire?
- Concepts : La - violence - est-elle - un - mal - necessaire - 11949 -
- Extrait du corrigé :
Ainsi, un habile législateur qui entend
servir l'intérêt commun et celui de la patrie plutôt que le sien propre
et celui de ses héritiers, doit employer toute son industrie pour
attirer à soi tout le pouvoir. Un esprit sage ne condamnera jamais
quelqu'un pour avoir usé d'un moyen hors des règles ordinaires pour
régler une monarchie ou fonder une république. Ce qui est a désirer,
c'est que si le fait l'accuse, le résultat l'excuse ; si le résultat est
bon, il est acquitté ; tel est le cas de Romulus. Ce n'est pas la
violence qui restaure, mais la violence qui ruine qu'il faut condamner.
Le législateur aura assez de sagesse et de vertu pour ne pas léguer à
autrui l'autorité qu'il a prise en main : les hommes étant plus enclins
au mal qu'au bien, son successeur pourrait bien mésuser de l'autorité
dont pour sa part il aura bien usé ; d'ailleurs un seul homme est bien
capable de constituer un État, mais bien courte serait la durée et de
l'État et de ses lois si l'exécution en était remise aux mains d'un
seul ; le moyen de l'assurer, c'est de la confier aux soins et à la
garde de plusieurs. En effet autant une assemblée est peu propre à bien
fonder un État, vu la diversité des avis sur ce qui est le bien de cet
État, autant, ce bien une fois connu, est-elle unanime à ne pas le
laisser échapper.
Nietzsche, Par-delà bien et mal
S'abstenir réciproquement de s'offenser,
d'user de violence, de s'exploiter, considérer la volonté d'autrui comme
l'égale de la sienne : cela peut, en un sens grossier, devenir entre
individus une règle de bonne conduite quand les conditions nécessaires
se trouvent réunies (c'est-à-dire quand leurs forces et leurs critères
sont effectivement analogues, et qu'ils sont apparentés à l'intérieur
d'un même corps social). Mais si l'on voulait étendre ce principe et
aller jusqu'à en faire le principe fondamental de la société, il
révélerait aussitôt ce qu'il est : la négation de la vie, un principe de
décomposition et de décadence. Il faut ici aller au fond des choses et
se défendre de toute faiblesse sentimentale : vivre c'est
essentiellement dépouiller, blesser, subjuguer l'étranger et le faible,
l'opprimer, lui imposer durement nos propres formes, l'incorporer et au
moins, au mieux, l'exploiter mais pourquoi toujours employer ces mots
auxquels s'attache de tout temps une intention calomnieuse ? Même ce
corps à l'intérieur duquel, comme nous venons de le supposer, les
individus se traitent en égaux, c'est le cas dans toute saine
aristocratie, doit, s'il est vivant et non moribond, faire contre
d'autres corps tout ce dont les individus qui le composent s'abstiennent
à l'égard l'un de l'autre : il lui faudra être la volonté de puissance
incarnée, il voudra grandir, occuper de plus en plus d'espace,
accaparer, devenir prépondérant, non pas en vertu d'une moralité ou
d'une immoralité quelconque, mais tout simplement parce qu'il vit et
parce que la vie est volonté de puissance.
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