- Sujet : Se conduire moralement, est-ce aller contre la nature ?
- Concepts : Se - conduire - moralement - est-ce - aller - contre - la - nature - - 19756 -
- Extrait du corrigé : »
Rousseau, Discours sur l'origine et
les fondements de l'inégalité parmi les hommes.
La société suppose alors un
gain : le comportement de chacun est adapté à l'existence de
l'autre et ce que l'on donne, on le reçoit en échange.
Cesse alors ce constat : « À l'état de nature, l'homme est
un loup pour l'homme. » Hobbes, Le Léviathan.
"Premièrement si nous
considérons combien il y a peu de différence entre la
force et la sagesse des hommes faits et avec quelle
facilité le moindre, soit qu'il le soit en esprit ou en
force, ou en toutes ces deux choses, peut entièrement
abattre et détruire les puissants, puisqu'il ne faut pas
beaucoup de force pour ôter la vie à un homme: de là
nous pouvons conclure que les hommes, considérés dans
l'état de nature, doivent s'estimer égaux et quiconque
ne demande point davantage que cette égalité doit passer
pour un homme modéré [...]
D'ailleurs, puisque nous
voyons que les hommes sont portés par leurs passions
naturelles à se choquer les uns les autres, chacun ayant
bonne opinion de soi, et ne voulant pas voir ce qu'un
autre a de bon, il s'ensuit de toute nécessité qu'ils
doivent s'attaquer les uns les autres par des paroles
injurieuses ou par quelque autre signe de mépris et de
haine, laquelle est inséparable de toute comparaison,
jusqu'à ce qu'à la fin ils en viennent aux mains pour
terminer leur différend, et savoir qui sera le maître
par les forces du corps.
Davantage, considérant que
les appétits et les désirs de plusieurs hommes les
portent tous à vouloir et à souhaiter une même fin,
laquelle quelquefois ne peut être ni possédée en commun
ni divisée, il s'ensuit que le plus fort en jouira tout
seul, et qu'il faudra décider par le combat qui sera le
plus fort. Ainsi la plus grande partie des hommes, sans
aucune assurance d'avoir le dessus, néanmoins soit par
vanité, soit par des comparaisons, soit par passion,
attaque ceux qui sans cela seraient contents d'être dans
l'égalité de nature [...]
Nous voyons donc qu'à
cette inclination naturelle qu'un chacun a d'offenser un
autre, on doit encore ajouter le droit d'un chacun sur
toutes choses, lequel fait qu'un homme attaque avec le
même droit avec lequel un autre lui résiste, et que par
ce moyen les hommes vivent dans une perpétuelle
méfiance, tâchant de se prévenir et de se surprendre.
L'état des hommes dans cette liberté naturelle est
l'état de guerre: car la guerre n'est autre chose que le
temps dans lequel la volonté et l'effort d'attaquer et
de résister par force est par paroles ou par actions
suffisamment déclaré.
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