- Sujet : Y a-t-il contradiction entre l'état de nature et l'état de société ?
- Concepts : Y - a-t-il -
contradiction - entre - l'état - de - nature - et - l'état - de - société -
- Extrait du corrigé : Dans la société naissante
où, suppose-t-il, foisonnaient
les usurpations, les brigandages
et les passions, un conflit ne
manqua pas de s'élever entre
Â
le
droit du plus fort et le droit du
premier occupant. Les plus riches
sentant alors «combien leur était
désavantageuse une guerre
perpétuelle dont ils faisaient seuls
tous les frais», ils conçurent «le
projet le plus réfléchi qui soit
jamais entré dans l'esprit humain»:
de leurs adversaires, faire leurs
défenseurs et, puisque le droit
naturel leur était contraire,
inventer des institutions de justice
et de paix qui leur fussent
favorables. «Unissons-nous»,
dit donc le riche au pauvre;
rassemblons nos forces en «un
pouvoir suprême qui nous gouverne
selon de sages lois, qui protège et
défende tous les membres de
l'association, repousse les ennemis
communs et nous maintienne dans une
concorde éternelle». Rousseau
ne parle, en l'occurrence, ni de «contrat»
ni de «pacte»; il décrit
plutôt le modus vivendi à la
faveur duquel seraient mis en
évidence les avantages de la vie
politique. Cependant, en croyant
assurer leur liberté, tous, par
cette union, dit Rousseau, «
coururent au devant de leurs fers
»: non seulement la liberté
naturelle fut détruite mais la
possession fut transformée en «droit
irrévocable» et quelques
ambitieux assujettirent le genre
humain au travail à la servitude et
à la misère.
S'il
est vrai que «la société ne
consista d'abord qu'en quelques
conventions générales», «l'assujettissement
tranquille» de l'homme barbare a
dû, assurément, établir un ordre,
mais cet ordre devait être de ceux
qui bafouent la loi naturelle en
permettant à la loi du plus fort de
triompher. Ce fut donc un ordre
générateur de désordres; et l'union
que préconisait le riche pour
établir la justice fut
fondamentalement injuste. Par
conséquent, le calcul d'intérêts
fait par les riches n'est pas le
principe sur lequel doit s'établir
le droit politique. Néanmoins,
malgré son échec, il prouve, comme
le dit le « Manuscrit de
Genève », « la nécessité
des institutions politiques» par
lesquelles «l'art» - dût la
raison à travers lui exiger qu'une
partie de la liberté soit sacrifiée
à la conservation de l'autre - doit
venir au secours de la nature à la
fois pour protéger la vie, les
biens, la liberté en tant que
véritables droits « et pour
défendre l'homme non pas contre la
nature, mais contre l'homme
lui-même, faute de quoi le genre
humain périrait».
Le « Contrat
social » répétera que «
le droit véritable » ne vient
point de la nature, qu'il est «fondé
sur des conventions» et qu'il
faut même « remonter à une
première convention ».
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